Jour 5 : Emstrur – Álftavatn (11 août)
Le gang des gardiennes de stalag
Alftavatn, le 11 août 2010
- 20km
- +270/-180
- Après la musique et les panoramiques, voila la carte du jour (BigFoot va finir par croire que je copie !)
Petit déjeuner copieux (soupe et Muesli) en compagnie du couple Austro-Suisse.
Impossible de remettre la main sur le thé subtilisé à Thorsmork. Le crime ne paie pas, maman m’avait prévenu.
A propos de crime, je prends un bouquin (qui n’appartient à personne) dans le refuge et je l’embarque. « L’odeur de l’Inde » de Pasolini. Ça parait soporifique, mais on ne marche que 7 heures par jour, il faut tuer le temps.
Ben a la super forme. A partir de ce jour, nous ne le verrons plus que de dos. Je vais bientôt pouvoir lui caser la tente.
La météo est radieuse. Les pâtes italiennes sont décidément collantes. Après la première montée, on longe Hattfell (ou Hattafell), que l’on voit depuis Fimmvörðuháls et surtout qui nous a nargué hier toute la journée. C’est quand même une montagne d’une incroyable beauté.
Le thermomètre grimpe rapidement à 15° en arrivant sur le plateau.
En traversant l’Utigönguhöfðar, nous croisons une sorte de sphinx (avec un nez). Ajouté au bestaire. La suite est un désert de pierres et de sable, entrecoupé d’un pont et d’un gué.
Les montagnes montagnes sont parées de mousse vert fluo. Au loin, on aperçoit l’extrémité nord du Mýrdalsjökull.
Il y a foule aujourd’hui, bien plus que les autres jours. Parcourir le Laugavegur dans le sens le moins prisé fait que l’on croise beaucoup plus de monde. La journée est bercée par les « Hi ! » sans conviction, tandis que nous suivons la sentier devenu une piste.
Nous tombons sur un groupe de randonneurs avec de tout petits sacs, 20 litres maximum, et parfois rien. Un peu surpris, on s’interroge. Pas très longtemps, puisque l’on voit arriver un 4×4 tirant une remorque. Mmmh, voila une bonne bande de faignasses comme on en a vu à Thorsmork. Je fais 10 bornes la fleur au fusil et je m’empiffre au refuge. Aucun mérite. Le comble c’est qu’il traversent peut-être les gués en 4×4. Bon, en même temps on en a vu d’autres dans le coin qui pratiquaient cette hérésie, hein David ?
Passage devant le refuge de Hvanngil. Une triplette laineuse broute tranquillement. On ne voit pas souvent des moutons se laisser approcher d’aussi près. Ceux-là doivent être dressés pour les touristes.
Après nous avoir bien laissé tergiverser et émettre des hypothèses plus ou moins scabreuses, Philippe nous expliquera pourquoi ils vont par trois : c’est une brebis avec ses deux agneaux de l’année. J’en vois d’ici certains qui arborent actuellement un sourire narquois du genre « Pouah, quel naze, il ne sait même pas que le 11 août par 63° 50.189′N de latitude et 19° 24.672′W de longitude, les brebis ont deux agneaux ?? ». Je me permets de répondre que ces brebis là ont des cornes. Et quand on tombe sur des brebis à cornes, on croit que ce sont des béliers, et on voyait mal des béliers promener leurs gosses.
Ah ! C’est facile de faire de la zoologie assis sur un fauteuil avec Wikipédia, moins quand on est sur le terrain. Je suis sûr que vous ne saviez même pas que 8% des moutons sont homosexuels (ce qui explique probablement l’engoument ici pour la gay pride).
Montée sur l’Ofæra en direction d’Alftavatn. En me retournant, c’est un choc. Le paysage est renversant. La vue porte jusqu’au cratère de l’Eyjafjallajökull. Vraiment, c’est grandiose. Je reste scotché 5 minutes avec Goldfrapp dans les oreilles.
It’s a strange day, no colours or shapes, no sound in my head…
Un nombre incalculable de sommets, verts, gris, ocres, trois glaciers, des rivières qui serpentent au milieu de tâches de mousse entre le vert et le jaune fluo ou dans des canyons. Un concentré de paysages incroyables, là, dans un seul regard. Quel moment, ça valait bien tous ces kilomètres. Ça sera un des moments les plus magiques et émouvants vécus là-bas.
Je reprends le chemin vers Alftavatn, ou nous arrivons à 16h, après 5 petites heures de marche. Paysage encore magnifique avec le lac entouré de montagnes.
Il y a peu de monde par rapport à Emstrur semble t’il. C’est probablement encore tôt. La warden nous installe dans la chambre 2 de la « maison blanche ».
C’est tout neuf, super nickel. Tout brille et sent le pin. 5 heures de marche, temps splendide, refuge trois étoiles, on est pas trop à la dure…
Bon allez, on souffre un peu quand même : le vent commence à souffler un petit peu, et le monnayeur de la douche étant plein, Philippe met des pièces pour rien et se tape une douche froide.
Le refuge est maintenant envahi par une horde de femmes de 30 à 70 ans, membres de FÍ (Ferðafélags Íslands). FÍ, en gros, c’est l’équivalent d’un mélange de CAF et de FFRP (ils gèrent la moitié des refuges, entretiennent les sentiers, organisent des sorties).
On a quand même l’impression de voir débarquer une cargaison de Botero qui auraient pris vie. Ces braves femmes sont menées par deux cheftaines autoritaires qui mettent la table à grand bruit alors que nous sommes en train de manger avec d’autres personnes du refuge. Vu la violence avec laquelle la meneuse abat un bol à coté de moi, on a bien compris que la table serait trop petite pour les accueillir et qu’il fallait qu’on dégage vite fait si on ne voulait pas finir comme dans « Hécatombe » de Brassens. Pour mémoire :
« Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d’un de ces lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu’elle serre comme un étau.
La plus grasse de ces femelles
Ouvrant son corsage dilaté
Matraque à grands coups de mamelles
Tous ceux qui passent à sa portée. »
Oui, je dois dire que ça m’a fait peur. Mais j’ai résisté, en attendant que la demande soit faite en bonne et due forme, ce qui viendra finalement sur un ton moyennement aimable. Je consent à me pousser, de toutes façons j’ai fini et je vais prendre l’air. Je ne supporte plus la vue de ce Mouton Cadet qui ne passera pas par moi, sans parler des autres victuailles gargantuesques.
Bien m’en prit visiblement car le camarade Québécois à ma droite, frôlant la mésaventure du premier couplet, se fera carrément éjecter du banc par un coup de fessier dodu asséné par surprise.
Bon, elles ont peut être mal vécu le moment ou j’ai chopé un fou rire incontrôlable après que l’on ait nommé leur groupe « le club des gardiennes de stalag retraitées ».
Petite balade au couchant sur la rive du lac.
Deux folles furieuses s’y baignent. Ben est déjà sur le coup.
Je croise notre camarade de parcours suisse. Il m’annonce une dégradation météo progressive pour les 4 prochains jours, avec un temps pourri à souhait pour Samedi et Dimanche.
Nous décollerons tôt demain, afin de devancer la pluie. Il y a probablement 8 heures de marche.
La chambre est juste à coté de la salle repas où les amazones ripaillent bruyamment. Boules quiès…
Note : je précise, avant que l’on ne me pose la question, que je n’ai absolument pas touché aux couleurs des photos. J’ai juste retouché la lumière (contraste, luminosité) ou désaturé complètement (passage en n&b) les photos d’intérieur, mais les couleurs sont d’origine. L’appareil photo, un Lumix LX3 était par ailleurs réglé en colorimétrie neutre..
Les photos du jour :
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Quelques réflexions :
1) Si un livre reste dans un refuge, c’est qu’il est suffisamment inintéressant pour ne pas mériter d’être baladé dans un sac à dos, à moins que le transporteur soit à court de PQ.
2) Pour manger des pâtes al dente, il faut suivre la Via Alpina voie bleue (Italie) et pas l’Islande. En Islande on y va pour les testicules de bélier bouillis, le requin faisandé et l’alcool de patates.
3) Les cornes ne sont pas des caractères sexuels secondaires. Par exemple une vache ou une chamoise a des cornes, un taureau ou un chamois aussi. En revanche, il y a d’autres caractéristiques qui permettent de savoir s’il s’agit d’un mâle ou une femelle : les mâles ont une belle paire de… chromosomes X et Y.
Questions (merci de me répondre, sinon je ne lis plus la suite)
Sur la photo 7 ( P1020549) : On vous voit tous les 3. Pourriez-vous me préciser qui est qui ? J’ai un peu du mal à distinguer.
Sur la photo 2 (1020503) ; les 2 mecs goguenards qui posent
- Ont-ils le même coiffeur ? Partagent-ils le même rasoir ?
- Pourquoi cachent-ils une partie du très très beau paysage ?
« Ben a la super forme »
1) A-t-il effectué une tentative d’approche du troupeau Botero ?
2) Si oui, a-t-il conclu ?
Et enfin, sérieusement. Les photos sont absolument superbes ! Chapeau
Je suis eblouie par les photos, le recit, le sens de l’humour,la beaute qui est partout.la complexite des noms des lieux..Bref, je veux partir faire cette « marche »…..DEMAIN!!!
je ne savais pas que les gites etaient si nombreux et si modernes..
Je suis une amie de Monique et Jean Pierre..j’habite en Belgique
Encore secouée par les rires.
Manque, pour compléter le tableau, la vision des Botero.
Superbes photos ou superbe paysage, je suis perdu…
Merci pour le récit !