La récompense
Strutslaug, le 14 août 2010

  • ~ 15km
  • D+ ?/ D- ?
  • la carte du jour (volontairement imprécise)
Carte jour 8

Carte jour 8 (source : http://en.ja.is/kort/)

Le rendez vous est donc fixé à 8 heures. À 5 heures, quelqu’un gratte à la tente.

L’inconnu gratteur :« Hello guys ! Someone told me you wish to join us today »
Myself (argh, de l’anglais au réveil) : « Yes if possible ! »
The unknown scratcher : « You’re welcome. We leave in 1 hour, ok ? »

OMAGAAD(1) ! Seulement une heure pour me préparer je n’aurais jamais le temps de me pomponner.

Branle bas de combat. Nous commençons à avoir nos repères. Nous savons qu’à partir du moment ou l’on se réveille, il nous faut 1h30 pour décoller : 1/2 heure pour faire le petit déjeuner, 1/2 heure pour ranger nos affaires et 1/2 heure pour réveiller Ben (on ne peut pas faire ça en parallèle, c’est un boulot à temps plein).

Nous serons finalement prêts en même temps que le groupe, et nous les suivons. Nous avons quand même de la chance de les avoir trouvés, parce que traverser la Jokulgil ici c’est quand même coton. Le problème, c’est que la rivière longe la vallée au ras des montanges des deux cotés. Donc même si l’on parvient à traverser ici ses multiples bras, il faudra probablement la retraverser encore pour arriver à notre destination. Le guide décide donc de couper à travers la montagne pour trouver un point de passage plus en aval. La traversée est vraiment sympa : il y a pas mal d’eau et surtout, ça pousse assez fort. On est loin des prédictions du ranger (« You don’t even have to take off your shoes »).

Petite pause après la Jokulgil

Petite pause après la Jokulgil

 

Philippe nous dira que toute la nuit, des moutons ont brouté autour de nos tentes. Les moutons Islandais sont pervers. Surtout la brebis. J’ai déjà parlé de l’artifice des cornes. Mais là, venir brouter autour des tentes la nuit, c’est de la provocation. Impossible en temps normal d’approcher ces bêtes à moins de 50 mètres, transformant toute perspective de méchoui en vague fantasme. Alors que la nuit, elles sont si proches, à portée d’opinel. C’est rageant.

Une grimpette plus tard, nous passons à coté d’un troll (un rocher vaguement anthropomorphe) décoré avec des perles d’obsidienne, pour redescendre sur les incroyables collines bleues.

Les montagnes bleues !

Les montagnes bleues !

 

Je les avais repérées sur GoogleEarth, et c’était l’un des objectifs du jour. Le guide, Olafur à devancé nos désirs.


…unbearable color of things…

Là, nous laissons les sacs et montons sur les crêtes (pas celles des montagnes bleues, sacrilège !). Tout en grimpant, le ciel se dégage. Nous soupçonnons le guide d’avoir une télécommande. Arrivés au sommet, le spectacle est énorme : incroyable vue sur les glaciers, des collines multicolores, des mousses vertes, fluos, jaunes, Hattver, Skalli, la Jokulgil…

La Jokulgil et Skalli au fond

La Jokulgil et Skalli au fond

 

On devine Hattur émergeant de la brume

On devine Hattur émergeant de la brume

 

Panorama à 360°. Magistrale claque. Nous resterons un bon moment, à divaguer sur les crêtes, en savourant notre chance.

Depuis les crêtes, nous sommes témoins d’un étrange phénomène : l’ombre projetée en contrebas de chacun d’entre nous est auréolé d’un arc en ciel circulaire. Chacun voit l’arc centré sur lui, mais pas celui des autres. Après recherches, ce phénomène s’appelle une gloire. C’était une première pour tous.

Gloire à moi !

Gloire à moi !

 

Les membres du groupe (10 islandais et un hollandais qui compte pour deux) sont vraiment très sympa et prennent le temps de traduire ce que nous dit le guide. Il y a même, accompagnée de son père, un jeune fille (« Atla »), qui parle quelques mots de français. Elle a vécu à Aix en Provence quelques mois (la pauvre). Ben est sur le coup. Il passera de longs moments à discuter avec la jeune fille, ce qui aura pour conséquence de provoquer un stress perceptible chez son père.

Olafur nous guide sur les crêtes

Olafur nous guide sur les crêtes

 

Après s’être renseignés sur ce que les autres membres ont payé pour l’excursion (ils partent pour quatre jours), nous convenons avec Philippe et Ben de payer le guide pour la journée. Il refuse net : « You are my guests ».

Nouveau gué à traverser. Le torrent descend direct du glacier Torfajokull. Température : 0°C. A l’arrivée, j’ai l’impression que mes orteils vont tomber.

La rivière tueuse d'orteils et le Torfajokull

La rivière tueuse d'orteils et le Torfajokull

 

Petite grimpette pour arriver sur un plateau. Un bloc se détache et manque de briser quelques tibias. La vue est géniale ici encore, même si le temps se dégrade à vue d’oeil.

Nous entamons la descente sur Muggudalir. La journée est éprouvante malgré le peu de distance parcourue. Je trimbale la totale : gaz, réchaud, pompe à eau et 8 jours de bouffe.

L’arrivée à Strutslaug est bienvenue. Le pont qui existait a été emporté, il reste donc un dernier gué à traverser, le plus profond, avec de l’eau jusqu’au genouilles… Sympa quand on pense que ce sera aussi le menu du petit déjeuner de demain ! C’est là que l’on se rend compte de l’injustice de la nature : là ou le hollandais se mouille à peine les genoux, je me fais congeler les gonades.

La rivière tueuse de gonades

La rivière tueuse de gonades

 

Après avoir planté la tente juste à coté de la « piscine » chaude, je vais voir Olafur, le guide, pour lui donner un lyophilisé, histoire de respecter la tradition française qui veut que le « client » offre le repas au guide. Apparemment, il apprécie la « Truffade Auvergnate » de chez MX3.
Je lui demande ses coordonnées, parce que nous envisageons de lui faire passer un petit cadeau pour le remercier de sa gentillesse. Du coup, il me donne sa carte :

Ólafur Örn Haraldsson
Forseti FÍ

Forseti : président. En fait le gars est juste le président de FÍ, une des plus grosses associations Islandaises, avec 7000 membres (soit 2% de la population). Par ailleurs, pendant la journée, j’ai aussi appris qu’il avait siégé au parlement européen à Strasbourg pendant 8 ans et qu’il avait écrit un livre sur le secteur.
Lui et son fils sont apparemment des rock stars de la rando en Islande, ayant atteint respectivement le pôle sud et les deux pôles.

Bref, on ne pouvait pas tomber sur un meilleur guide, d’autant qu’avec l’itinéraire peu évident du jour, on y serait probablement encore.
Il passera plus tard nous dire « If you need anything, just call my private number », avant de s’enquérir de la météo pour nous avec son téléphone satellite. Une perle. Vraiment quelle chance de tomber sur ce groupe, tous très sympas, avec un guide aussi humble et fantastique. J’imagine la même situation en France, il y aurait eu une mutinerie quand les membres « payants » du groupe auraient appris que nous étions invités. Nous aurions probablement fini au fond de la Jokulgil lestés avec quelques obsidiennes.

Malgré la pluie, Ben et Philippe passent en maillot de bain, et vont languir dans l’eau chaude. De mon coté, je ne suis pas trop motivé pour l’instant. La perspective de sortir mouillé, de devoir se sécher dans la pluie et le froid ne m’inspire pas. La jeune fille passe en maillot de bain et s’installe dans l’eau à coté de Ben. Quelques minutes plus tard, je vois son père, qui n’avait visiblement pas du tout l’intention d’y aller, passer au pas de course les yeux exorbités en maillot de bain pour aller s’installer à coté de sa fille. C’est pas de tout repos pour un père quand Ben est dans le coin… Son surnom c’est « la flèche wallone ». Avec ses airs de ne pas y toucher, c’est un chasseur. D’ailleurs, une légende dit qu’en Belgique, une vierge, c’est une fille qui court plus vite que Ben. Comme il fait le semi-marathon de Bruxelles chaque année, ce n’est pas simple de lui échapper.

Pool time

Pool time

 

Je me décide à y aller finalement (je vois d’ici les mauvaises langues,  » Roooh, il y va parce que la jeunette y est allée »; mauvaises langues !). Et je ne regrette pas. L’eau est à 41°, la température extérieure dans les 12°, avec de la pluie. C’est pas facile d’y rentrer, mais dedans c’est le bonheur. Un peu vaseux quand même. Le must, c’est que quand on sort, on a absolument pas froid, et on sèche en 2 minutes, même avec la pluie.

Aucun regret. Passer ici sans y aller, ce serait encore pire que de ne pas le faire à Landmannalaugar !

Cette journée était vraiment incroyable. La chance de tomber sur le groupe, de voir ces paysages merveilleux. Retour dans la tente, nuit claire, bercée par le ronronnement de la Holmsa, et l’odeur du déo de Ben (ça ne va pas durer).

Deux petits panoramas pour illustrer la journée. Attention, le chargement est long. La visionneuse ne permet malheureusement pas de changer le zoom, donc vous pouvez les enregistrer et les visionner sur votre ordinateur pour plus de confort. Sur le troisième panorama, on voit Hattver et Skalli (la grosse bosse). Si si cherchez bien.

Panorama sur les collines bleues

Panorama sur la Jokulgil

 

Petit panoramique

Petit panoramique des montagnes bleues

 

Panorama sur les collines bleues

Panorama sur les montagnes bleues

 

Les photos du jour :

1. © ioudgine

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  1. Jour 7 : Landmannalaugar – Hattver (13 août, 9km)